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nov 05


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Démocratie financière?

Codes éthiques

D’après Pascale D. Morand[1] (2002) « le rôle accru des investisseurs institutionnels tels les fonds de pension en matière de responsabilité sociale et environnementale renvoie à une question fondamentale, qui est celle du contrôle démocratique de ce formidable pouvoir de pression dû à une concentration financière jusqu’ici inégalée.

À cet égard, James Hawley et Andrew Williams, auteurs du récent ouvrage intitulé The Rise of Fiduciary Capitalism (La montée du capitalisme fiduciaire),[2]ont observé qu’à travers son épargne-retraite, le citoyen est très rapidement en train de devenir un propriétaire universel. En effet, 80% de la population adulte en Suède[3] (40% aux États-Unis) détiennent des actions directement ou à travers son épargne retraite. Ce phénomène rend de plus en plus floue la distinction entre actionnaire (« shareholder ») et partie prenante (« stakeholder »), puisque les citoyens vont bientôt détenir, collectivement, la majorité des actions des plus grandes capitalisations du marché. C’est d’ailleurs déjà le cas aux États-Unis où, par le truchement des investisseurs institutionnels, ils contrôlent 60% de ces actions. Dans une telle situation, le rendement global des placements n’est plus déterminé par la performance individuelle des entreprises mais par celle de l’économie dans son ensemble. C’est donc à une vaste prise de conscience de leur rôle collectif de propriétaire universel que ces auteurs appellent les « citoyens/actionnaires/parties prenantes ».

Les auteurs appellent donc les citoyens à une vaste prise de conscience capable de fonder une politique de placement tenant compte véritablement de leurs intérêts communs à long terme. Et de refermer ainsi la boucle de l’économie en reprenant le contrôle démocratique d’un large pan de la finance ».

La conclusion d’André Orléan est fort à propos lorsqu’il affirme :

« Les fonds éthiques ou les fonds environnementaux (…) sont révélateurs des conséquences positives que l’on peut attendre d’un contrôle de la finance par l’opinion démocratique. Par la voix du débat public, des exigences nouvelles peuvent se faire entendre et modifier les critères de gestion des entreprises, de la même manière que les campagnes d’opinion pour une « entreprise citoyenne » ont permis de lutter contre l’exploitation des enfants du tiers-monde. Tel est également l’enjeu des fonds salariaux : au lieu d’une recherche effrénée de la rentabilité financière, il s’agit de faire prévaloir une perspective de long terme respectueuse de la rentabilité économique et de l’emploi. » André Orléan (1999), Le pouvoir de la finance, Odile Jacob.


[1] Pascale D. MORAND fut chargée de mission pour le Gouvernement suisse sur les thématiques de développement durable, puis Directrice de LEAD-Europe, auteur d’une étude sur « L’investissement responsable en Europe », réalisée en juin 2001 pour le compte de l’Observatoire de la Finance (www.obsfin.ch).

[2] Hawley, J. P., Williams, A.T. (2000) The Rise of Fiduciary Capitalism. University of Pennsylvania Press. 352 p.

[3] Furugard, Magnus, CaringCompany. Présentation faite lors du colloque organisé par AReSE sous le titre : « Les Perspectives Internationales de l’Investissement Socialement Responsable », Paris, 15 mai 2001.

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